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Tébessa, 1956

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Auteur : Laurent CACHARD

Format 11,5x18,5 cm

128 pages

ISBN : 978 2917645  00 0

2e édition septembre 2012

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9,48 €

L'association Lettres Frontières réunissant des professionnels du livre de Suisse Romande et de la Région Rhône Alpes ont inscrit Tébessa 1956 dans leur 16e sélection (2009)

Gérard a vingt ans quand il se retrouve coincé dans une embuscade à Djeurf, dans le canton de Tebessa, en AFN, ce 5 avril 1956.
 
Au moment même où il risque de perdre la vie, c’est la mémoire qu’il ravive, qui le ramène sur les pentes de son quartier natal, à la Croix-Rousse, à Lyon : un peu comme si le temps avait le culot de s’arrêter.
 
Cette confrontation d’un destin individuel avec une guerre dont le sens échappe à ses acteurs, est servie par une écriture d’un grand dépouillement, refusant les effets, image d’un monologue intérieur d’une extrême tension.

  • Date de parution 2012/09

Laurent CACHARD est né en 1968, il vit et il travaille à Lyon.

« Bastion, c’est quand même dommage, c’est un nom destiné à prendre la Bastille, à faire tomber quelque chose de glorieux, pas à s’accommoder d’une opération de maintien de l’ordre dans un coin qu’on n’aurait certainement jamais visité si on ne nous y avait pas tous envoyés, et en même temps s’il vous plaît, par le même train, le même bateau, le même autre train etc. Un sacré cadeau pour ceux qui disent que vingt ans, c’est le plus bel âge de la vie ».

« Je vois Lendroit pas loin, il ne tire pas comme à l’exercice, lui qui se vante d’être le meilleur tireur de la compagnie, il est moins fier d’un coup, il décharge aussi vite qu’il a chargé, l’épaule doit en prendre un sacré coup. Si Fontaine n’était pas si occupé, il lui sortirait son fameux mot : «Tirez comme si votre vie en dépendait ! ». Le salaud, il aurait pu nous prévenir que c’était vrai, que c’était ce qu’on allait faire… »

« Lendroit, l’autre fois, il nous a chanté une chanson, c’était pas dans ses habitudes, mais c’est un instant qu’on a pas oublié : il connaissait « Mon amant de Saint-Jean », Bobby l’accordéoniste aussi, alors ils nous l’ont faite et là, c’est dur à expliquer, mais c’est comme si on s’était retrouvés au bal, au pays.
Non seulement il tirait bien, Lendroit, mais quand il chantait, il avait la classe, il faut le dire ! D’un coup, les gars, mêmes les plus saouls, se sont tus, on l’a laissé chanter, on se contentait de battre la mesure, doucement, du pied, et de valser un peu sur nous-mêmes.
…….
Quand il a eu fini, Lendroit, on avait tous un peu la larme à l’œil, finalement, c’est ce que je disais, la bière, ça fait pas bon ménage avec la mélancolie. On est allés se coucher, d’une part parce que c’était l’heure de l’extinction des feux, d’autre part parce qu’il nous avait offert, le salaud, ce dont tout le monde rêvait sans penser l’obtenir et dont il fallait profiter sans délai : une nuit de rêves. À Tébessa, ça n’a pas de prix. »

« Place Colbert, c’était déjà comme ça juste avant qu’on parte. Avant, les Arabes qu’on connaissait, on se disait que ça devait être dur pour eux d’être exilés, de venir travailler en Métropole, d’envoyer des mandats au bled pour nourrir la famille, mais c’était tout, on les laissait vivre. C’était marrant de les voir à la Guille, place Du Pont, rue Paul Bert, recréer leurs quartiers, leurs habitudes. Les voir tous dehors, assis devant leur porte, à même le trottoir, égrener des chapelets en taillant la bavette. Après, quand ça a commencé à chauffer, on s’est regardé de travers, un petit peu plus nous qu’eux, il faut le dire. Le moindre gars nous paraissait suspect : quand on est plusieurs à se monter le bourrichon, ça tourne vite à l’obsession ! La suite, c’est une affaire d’honneur, comme ils disent, moi je crois que c’est plutôt de l’orgueil, mais celui qu’on a regardé de travers, qu’il soit blanc ou basané, il finit par croire aux idées dont on le soupçonne, même si au départ il a rien à voir avec ça ! C’est sa façon de prendre sa revanche. Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des ennemis, là où on n’avait que des voisins…
C’est aussi ça qui m’embête, parce que si je meurs ici, les gens que j’aime, ils vont faire le lien, on peut pas leur en vouloir. »