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N° 7 Juin 2011

N° 7 Juin 2011 Agrandir

Activité, Expérience, Incorporation

 
Coordonné par Michel Recopé

ISBN 978 2917645 17 8

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17,00 €

Sensibilité, conceptualisation et totalité [activité-expérience-corps-monde]

Michel Récopé, Hélène Fache, Jacques Fiard

Résumé : Notre contribution livre les conclusions principales d’un travail d’interprétation des matériaux issus d’une série d’études de terrain dans le champ des pratiques corporelles (ici, le volley-ball). Elles prennent la forme de propositions pour penser les relations activité-expérience-incorporation. Notre éthologie phénoménologique des pratiques humaines ordinaires accorde le primat aux divers types de régularités repérables dans, par et après l’action en situation, et soutient que l’activité et l’expérience, toujours singulières et contingentes, peuvent être approchées utilement par une schématisation/condensation. Les résultats établissent l’existence de différents modes/mondes de pratique, émergeant d’une dialectique complexe et énigmatique entre sensibilité et conceptualisation en acte, valeurs et connaissances pratiques, normes et schèmes. Nous suggérons de porter l’attention sur un processus évolutif aboutissant à une structure [activité-expérience-corps-monde] orientée par un sens structurant.
Mots-clés : Activité ; Corps ; Ethologie phénoménologique ; Expérience ; Monde ; Norme ; Schème ; Sensibilité ; Volley-ball. 

 

Expérience et science s’opposent-elles ?

Gérard Vergnaud

Résumé : Expérience et science sont considérées comme deux sources de la connaissance, complémentaires l’une de l’autre ; on peut ajouter que forme opératoire et forme prédicative de la connaissance sont entremêlées dans ces deux sources. L’analyse du concept de schème permet de voir la place de la conceptualisation dans l’organisation de l’activité. Le geste est un bon exemple, peut-être même un bon modèle, du concept de schème. La conceptualisation prend diverses formes, qu’il n’est pas superflu de rapprocher les unes des autres.
Mots clés : Expérience, science, conceptualisation, schème, geste

 

Expériences et construction d’invariants : connaissances opérationnelles, schèmes d’action et « qualités »

Janine Rogalski

Résumé : On présente un cadre d’ensemble pour analyser l’impact de l’expérience sur les compétences. La référence théorique d’ensemble est celle d’une théorie de l’activité du sujet, issue de l’école de Vygotsky, qui analyse l’activité comme insérée dans un système de double régulation : par le sujet lui-même et par la situation – qui comprend les autres acteurs. La régulation peut être rétroactive (par les effets de l’activité) ou proactive par une régulation délibérée des acteurs impliqués. à partir de ce modèle, on questionne la place de l’expérience comme produit sur le sujet d’un déploiement de son activité au cours d’une temporalité plus ou moins longue. On reprend la distinction développée avec J. Leplat entre deux modalités de l’expérience : expériences épisodiques et expériences sédimentées, pour s’interroger sur la transformation des compétences du sujet. Ce développement est considéré selon plusieurs perspectives : connaissances opérationnelles – centrées sur des invariants conceptuels, schèmes – invariants de l’organisation de l’activité dans une classe de situations, et « qualités » – propriétés du sujet dans ses rapports perceptifs, moteurs, affectifs avec le monde de son action. La dernière section illustre par des exemples variés une des formes de l’incarnation de l’expérience sédimentée, à savoir la modification du substrat neuronal de « qualités », dans leur structure et dans leur fonctionnement. L’explication du développement des compétences n’en est pas pour autant celle d’un « constructivisme radical » : la conclusion rappelle l’importance des interactions, des transmissions sociales et le rôle de l’intervention médiatrice d’autrui dans la régulation de l’activité, pour promouvoir la réflexivité du sujet l’engageant comme acteur de sa propre transformation.
Mots-clés : développement des compétences, double régulation de l’activité, expériences sédimentées, expériences épisodiques, sensitivité.

 

L’intervention ergonomique pour la prévention des troubles musculosquelettiques : quels statuts pour l’expérience et la subjectivité des travailleurs ?

Fabien Coutarel, François Daniellou

Résumé : L’intervention ergonomique sur la conception des situations de travail peut être conduite en référence à la préservation de l’organisme, selon des référentiels physiologiques. Mais le développement des troubles musculosquelettiques, et les difficultés de leur prévention, mettent à mal un tel modèle. L’ergonomie de l’activité, notamment celle d’origine francophone, a depuis trente ans, fait évoluer ses concepts pour intégrer l’expérience sensible de l’opérateur ou l’opératrice et son rapport subjectif au travail. Cette évolution lui a permis de proposer une approche de la prévention des troubles musculosquelettiques centrée sur le développement des marges de manœuvre et du pouvoir d’agir des acteurs.
Mots-clés : Prévention des troubles musculosquelettiques. Expérience. Marge de manœuvre. Pouvoir d’agir. Corps.

 

Incorporation, parcimonie et élégance de l’expérience au travail : vers une « simplexification » des formations professionnelles

Marc Durand, Deli Salini

Résumé : Cet article analyse l’expérience au travail d’une enseignante et de conseillers en validation des acquis de l’expérience. Celle-ci présente, en dépit de spécificités liées à ces pratiques professionnelles, des modalités communes d’inscription corporelle qui accompagnent l’invention par ces professionnels de configurations d’activité parcimonieuses et élégantes. Ces résultats sont interprétés à partir du concept de simplexité, qui rend compte des traits de simplicité de l’expérience et de l’activité de ces acteurs contrastant avec la complexité de leurs environnements de travail et de leurs problèmes professionnels. Ce concept est ensuite détaillé et il est argumenté qu’il comporte toujours une dimension corporelle, réellement incarnée ou métaphoriquement incorporée. Il est ensuite proposé, dans une perspective programmatique, comme aide potentielle aux démarches d’analyse du travail et de conception d’environnements de formation professionnelle.
Mots clés : expérience, simplexité, formation, inscription corporelle, parcimonie, élégance, design

 

Imagination et invention technique : l’activité corps et âme

Annie Goudeaux

Résumé : Cet article étudie à partir de l’analyse de l’activité d’une équipe d’accessoiristes de théâtre, les composantes mentales et corporelles du processus d’invention technique à l’œuvre dans sa phase initiale d’imagination anticipatrice. Les accessoires sont des objets à la fois esthétiques et techniques qui posent souvent des problèmes techniques inédits. Cette réflexion s’attache à étudier les relations entre schèmes mentaux et expérience corporelle dans une activité de production d’images mentales qui anticipent l’objet futur, et qui est a priori dénuée de corporéité. Le cadre théorique utilisé est celui du processus d’individuation et du cycle génétique de l’invention technique proposés par Simondon (2005a, 2008). La discussion porte sur la méthode d’observation et d’analyse des données dans une visée de réduction du réel, sur les aspects de corporéité dans l’activité, et sur les liens entre invention et développement de l’activité dans des contextes de formation ou d’intervention dans les organisations.
Mots clés : individuation, imagination anticipatrice, invention technique, développement de l’activité.

 

Le dedans et le dehors : une exploration de la dynamique pré-réfléchie de l'expérience corporelle

Claire Petitmengin

Résumé : Cet article explore une dimension profondément pré-réfléchie de notre expérience corporelle, qui semble jouer un rôle essentiel dans la genèse d'une perception, d'une compréhension, comme dans nos relations interpersonnelles. A partir de plusieurs exemples, j'examinerai les caractéristiques structurelles de cette dimension, qui semblent très différentes de celles de notre expérience ordinaire. Notamment, la distinction entre un espace "intérieur" et un espace "extérieur", entre un sujet percevant et un objet perçu, et entre les différentes modalités sensorielles, y est beaucoup plus perméable que dans l'expérience dont nous sommes habituellement conscients. Cette exploration me conduira à faire l'hypothèse que la séparation entre intérieur et extérieur, loin d'être donnée, est le résultat d'une activité pré-réfléchie destinée à construire et à maintenir cette fracture.
Mots-clés : Expérience corporelle, pré-réfléchi, explicitation, micro-genèse, dimension ressentie, transmodalité, description dynamique, phénoménologie, espace vécu.

 

L’immersion du geste dans l’expérience émergente de son activité cérébrale

Bernard Andrieu

Résumé : Nous voudrions montrer comment l’incorporation d’un geste technique par l’expérience corporelle repose sur une activité cérébrante du système nerveux sans que le sujet puisse en être conscient, cette activité antidatée pour la conscience par son cerveau se passe en dessous de 450 ms. En effet avec les neurosciences de l’action corporelle, nous pouvons désormais comprendre les constitutions d’un geste technique lors de la formation de « l’habitus corporel » au sens psychophysiologique de Mauss dans son texte sur « Les techniques du corps ». Acquérir un geste technique engage le corps dans une lecture inconsciente des informations de son environnement données à ses neurones miroirs à travers les interactions de l’empathie et de la résonance motrice.
Mots-clés : Immersion, Incorporation, Expérience, Cerveau

 

Sujet capable et conceptualisation

Pierre Pastré

Résumé : Dans le cadre de la théorie de la conceptualisation dans l’action, on admet que les activités humaines sont organisées par des schèmes, qui permettent de comprendre comment, dans l’activité, invariance et adaptation se conjuguent de façon harmonieuse. Quand il s’agit de l’apprentissage d’une activité, il est important de voir comment se combinent deux processus : l’élaboration de l’action, c’est-à-dire la prise en compte de la dimension conceptuelle de l’activité ; et l’assimilation de l’action, c’est-à-dire la prise en compte de la dimension incorporée de cette même activité. Ce texte cherche à explorer la manière dont on peut penser la dimension d’incorporation présente dans l’apprentissage d’une activité. D’une façon plus générale, il pose qu’on est amené à passer d’une épistémologie reposant sur un sujet épistémique à une épistémologie du « sujet capable » et à envisager, dans une perspective inspirée de Winnicott, le concept de ‘schème’ comme un concept transitionnel.
Mots clés : didactique professionnelle, schème, conceptualisation dans l’action, élaboration de l’action, incorporation.

 

Pourquoi le concept de corps-soi ? Corps-soi, activité, expérience

Yves Schwartz

Résumé : Ce texte tente d’abord d’expliquer en fonction de quelles rencontres et interrogations la thèse selon laquelle toute activité de travail est toujours « usage de soi, par soi, par les autres » (Schwartz 1987) s’est progressivement reformulée sous cette forme : toute activité industrieuse est toujours « dramatique d’usage d’un corps-soi », la « dramatique » renvoyant à la nécessité continue de trancher des débats de normes. L’activité humaine étant alors identifiée comme continuité de débats de normes dont le corps-soi est le creuset, il convient alors de se demander comment selon des empans temporels différents, ces débats de normes s’enchâssent, ce qui revient à argumenter comment les rapports en valeur aux milieux de vie et de travail s’incorporent au plus profond du corps-soi, y compris selon les temporalités les plus brèves, « enfouies dans le corps ». Enfin, il est alors nécessaire de comprendre quelle est l’unité énigmatique de cette entité -le corps-soi-, qui accumule de l’expérience et des savoirs, de formes extrêmement diverses, notamment dans leur rapport au langage, qui articule en lui du patrimoine épistémique et une sensibilité axiologique, sans cesser d’être disponible ou contraint aux micro-choix et aux réajustements que la vie ne cesse de lui proposer ou imposer. Reprenant sur ce point partiellement à son compte la distinction de l’idem et de l’ipse, que Pastré a lui-même réutilisée à partir de développements de Ricœur, ce texte se propose de concevoir les débats de normes enchâssés comme le cœur battant de la dialectique de l’idem et de l’ipse.
Mots clés : Travail, usage de soi, corps-soi, débats de normes, enchâssements de débats de normes, épistémique et axiologique, dialectique de l’idem et de l’ipse.

Michel Récopé, Hélène Fache, Jacques Fiard
Sensibilité, conceptualisation et totalité [activité-expérience-corps-monde]

 

Gérard Vergnaud
Expérience et science s’opposent-elles ?

 

Janine Rogalski
Expériences et construction d’invariants : connaissances opérationnelles, schèmes d’action et « qualités ».

 

Fabien Coutarel, François Daniellou
L’intervention ergonomique pour la prévention des troubles musculosquelettiques : quels statuts pour l’expérience et la subjectivité des travailleurs ?

 

Marc Durand, Deli Salini 
Incorporation, parcimonie et élégance de l’expérience au travail :vers une simplexification des formations professionnelles

 

Annie Goudeaux 
Imagination et invention technique : l’activité corps et âme

 

Claire Petitmengin
Le dedans et le dehors. Une exploration de la dynamique pré-réfléchie de l'expérience corporelle

 

Bernard Andrieu
L’immersion du geste dans l’expérience émergente de son activité cérébrale

 

Pierre Pastré
Sujet capable et conceptualisation 

 

Yves Schwartz
Pourquoi le concept de corps-soi ? Corps-soi, activité, expérience.

 

Abstracts